Avec 518 372 visiteurs, le Mondial de l’Auto 2026 confirme que les salons automobiles ont encore de beaux jours devant eux. Mais au-delà de cette fréquentation en hausse, l’édition parisienne aura surtout été marquée par deux tendances : le retour des références historiques chez les constructeurs européens et la montée en puissance des marques chinoises. Sans oublier les démonstrations de conduite automatisée, qui ont rencontré un joli succès auprès du public. Retour sur les temps forts d’un Mondial particulièrement révélateur des transformations de l’industrie automobile.

© Mondial de l’Auto, Louis Westerloppe

Le Mondial de Paris franchit à nouveau le cap des 500 000 visiteurs

On nous annonce régulièrement la disparition des salons automobiles. Trop chers pour les constructeurs, concurrencés par les présentations en ligne et les événements privés, ils semblaient condamnés à disparaître les uns après les autres.

Visiblement, le Mondial de l’Auto de Paris n’a pas reçu le mémo. Avec 518 372 visiteurs, l’édition 2026 fait légèrement mieux que celle de 2024, qui avait attiré 508 007 personnes. Soit une progression de 2,04 %. Pas de quoi faire exploser les compteurs, mais suffisamment pour confirmer que le public répond toujours présent.

Et il y avait de quoi faire à la Porte de Versailles : plus de 60 constructeurs, plus de 100 exposants et 5 000 journalistes et créateurs de contenus accrédités, dont la moitié venus de l’étranger.

Le succès s’est également prolongé sur Internet. Les réseaux sociaux du Mondial ont généré plus de 21 millions de vues pendant le mois de l’événement, tandis que son site officiel enregistrait 3,2 millions de vues.

Mais au-delà de ces chiffres, c’est surtout la diversité des voitures présentées qui mérite que l’on s’y attarde. Et cette année, les constructeurs européens et chinois avaient manifestement des choses à montrer.

Les constructeurs européens ressortent leurs icônes

S’il fallait retenir une tendance parmi les nouveautés de ce Mondial de l’Auto 2026, ce serait le retour en force des références historiques. Face à une concurrence chinoise de plus en plus affûtée, les constructeurs européens semblent redécouvrir les vertus de leur patrimoine automobile.

Chez Citroën, le concept de nouvelle 2 CV a naturellement attiré l’attention. Faire renaître la célèbre Deuche au XXIe siècle, avec une motorisation électrique, constitue une proposition séduisante. Son style immédiatement reconnaissable rappelle qu’une voiture populaire peut aussi avoir une véritable personnalité. Reste évidemment à savoir si ce concept débouchera un jour sur un modèle de série accessible.

Renault a également puisé dans son histoire avec le concept E-Space, une réinterprétation contemporaine du monospace familial. À l’heure où les SUV occupent pratiquement tous les segments, l’idée de remettre ce type de carrosserie au goût du jour ne manque pas d’intérêt.

Du côté d’Alpine, l’A310 Vision fait revivre un nom emblématique de la marque dieppoise. Une manière de rappeler que la transition vers l’électrique n’interdit pas de cultiver une certaine idée de la sportivité et du plaisir automobile.

Peugeot a également regardé dans son rétroviseur avec son concept E-T16, inspiré de son passé en compétition.

Chez les constructeurs italiens, Alfa Romeo et Fiat ont proposé deux visions différentes de l’automobile de demain, avec les concepts Cuorerosso et Multiplay.

Et puis il y avait aussi la Smart #2, qui annonce le retour d’une petite citadine électrique à deux places. Une formule qui pourrait retrouver toute sa pertinence dans les grandes villes, où les voitures ne cessent de grandir alors que les places de stationnement, elles, n’ont pas bougé.

Ces nouveautés illustrent une stratégie assez claire : les constructeurs européens cherchent à se différencier par leur histoire, leur design et leur identité. Des arguments qui ne remplacent évidemment ni le prix ni la technologie, mais qui peuvent encore faire la différence au moment de choisir une voiture.

Nous avions d’ailleurs consacré un article à cette tendance : les marques françaises misent sur le néo-rétro face à la Chine.

Les constructeurs chinois changent de dimension

Impossible de parcourir les allées du salon sans remarquer la place prise par les constructeurs chinois. Ils ne viennent plus simplement présenter quelques modèles pour tester les réactions du public européen. Désormais, ils affichent des gammes complètes, des ambitions commerciales et des technologies qui n’ont plus grand-chose à envier à celles des marques historiques.

XPeng illustre parfaitement cette évolution. Le constructeur mise sur des véhicules électriques technologiques, des architectures de recharge performantes et des systèmes avancés d’aide à la conduite. Son positionnement ne repose pas uniquement sur le prix, mais sur une expérience automobile largement tournée vers le numérique.

Chez Zeekr, la stratégie est différente. La marque du groupe Geely vise clairement le segment premium avec une gamme comprenant notamment les 001, X, 7X et 7GT. Design soigné, présentation intérieure valorisante et équipements généreux : Zeekr entend bien venir concurrencer les constructeurs européens haut de gamme sur leur propre terrain.

Autre offensive remarquée, celle d’Omoda et Jaecoo, deux marques du groupe Chery. Leur présence au Mondial accompagne leurs ambitions de développement en France, avec des modèles qui misent notamment sur les motorisations hybrides et hybrides rechargeables.

Car contrairement à une idée encore répandue, les constructeurs chinois ne misent plus exclusivement sur le tout électrique. Plusieurs d’entre eux adaptent leurs gammes aux attentes des automobilistes européens, notamment avec des solutions hybrides.

BYD poursuit de son côté son expansion internationale, avec une offre qui s’étend des voitures électriques grand public aux modèles plus haut de gamme. Denza, Leapmotor, Geely ou encore Aito participent également à cette diversification de l’offre chinoise.

Ce qui frappe surtout, c’est la rapidité avec laquelle ces nouveaux acteurs ont progressé. Qualité perçue, équipements, technologies embarquées et design deviennent des arguments aussi importants que les tarifs.

Pour les constructeurs européens, le message est limpide : la concurrence chinoise ne se joue plus seulement sur les prix, mais désormais sur presque tous les terrains.

6 000 essais et des voitures qui prennent presque le volant

L’une des évolutions les plus intéressantes de cette édition se trouvait à l’extérieur des halls d’exposition. Car regarder les voitures, c’est bien. Pouvoir les essayer, c’est tout de même mieux.

Le centre d’essais du Mondial de l’Auto 2026 réunissait près de 100 modèles, permettant aux visiteurs de découvrir sur route les véhicules présentés par les constructeurs.

Au total, 6 000 essais automobiles ont été réalisés pendant l’événement. Une occasion de comparer les modèles, de découvrir de nouvelles motorisations et de se faire une première idée de leur comportement dans la circulation.

Mais la véritable nouveauté concernait les démonstrations de conduite automatisée supervisée sur route ouverte. Pour la première fois, les visiteurs pouvaient découvrir ces technologies dans des conditions réelles, accompagnés par des spécialistes chargés d’en expliquer le fonctionnement et les limites.

Deux constructeurs incarnaient particulièrement cette évolution : Tesla, avec son système FSD Supervised, et XPeng, avec sa technologie NGP (Navigation Guided Pilot).

L’objectif était de montrer comment ces dispositifs peuvent assister le conducteur dans différentes situations, notamment en environnement urbain. Et pour tester ce genre de technologie, difficile d’imaginer un terrain plus exigeant que Paris, avec ses carrefours complexes, ses deux-roues, ses piétons et ses automobilistes parfois imprévisibles.

Attention toutefois à ne pas confondre conduite automatisée supervisée et conduite totalement autonome. Ces systèmes nécessitent toujours la vigilance d’un conducteur, qui reste responsable du véhicule.

Selon les organisateurs, plus de 2 700 essais de conduite automatisée supervisée étaient au programme de cette édition. Un chiffre qui témoigne de l’intérêt suscité par ces technologies, même si leur déploiement à grande échelle reste soumis à des contraintes techniques et réglementaires.

Pour le public, ces expériences apportent en tout cas une dimension supplémentaire au salon : il ne s’agit plus seulement de découvrir les voitures de demain, mais aussi de comprendre comment elles pourraient se conduire.

Un Mondial qui prépare déjà son édition 2028

Le Mondial 2026 ne se limitait évidemment pas aux nouveautés automobiles et aux essais. Les amateurs de belles mécaniques pouvaient notamment découvrir l’espace UnLimited, qui réunissait des voitures d’exception sur 700 m². Une parenthèse bienvenue pour ceux qui aiment aussi l’automobile lorsqu’elle devient totalement déraisonnable.

Le salon proposait également des animations autour de Mario Kart World, des qualifications sur Twitch, des concerts, des DJ sets et deux nocturnes accompagnées de spectacles laser.

Côté professionnels, les conférences et rencontres organisées pendant la semaine ont permis d’aborder les grands défis de l’industrie automobile : intelligence artificielle, véhicules définis par logiciel, conduite automatisée, transformation industrielle et concurrence internationale.

Le Mondial conserve également une véritable dimension commerciale. Les organisateurs évoquent des commandes records enregistrées par les constructeurs, sans toutefois publier de volume global permettant de mesurer précisément ce résultat.

Avec plus d’un demi-million de visiteurs, cette édition confirme néanmoins que le rendez-vous parisien conserve un réel pouvoir d’attraction, à une époque où plusieurs grands salons automobiles internationaux ont disparu ou perdu de leur importance.

Et les organisateurs voient déjà plus grand pour la suite. Le Mondial de l’Auto 2028 est annoncé pour octobre, avec un format prolongé sur deux week-ends et une nouvelle implantation des espaces d’exposition.

De quoi accueillir davantage de visiteurs et, espérons-le, encore plus de nouveautés à découvrir.

Car finalement, malgré les discours annonçant régulièrement la fin de la passion automobile, 518 372 personnes viennent de démontrer que la voiture continue de faire déplacer les foules.

Source des chiffres : bilan officiel du Mondial de l’Auto 2026.