Il y a les montres qui évoquent l’automobile, puis celles qui en emportent un morceau. Avec la Stelvio 930, le lien passe par la matière : selon la marque, sa carrure est usinée dans un vilebrequin de Porsche 930 Turbo de 1984. Une pièce de moteur hors d’usage qui quitte le garage pour trouver une nouvelle place au poignet. Voilà une façon plutôt séduisante de faire durer la mécanique.

Un vilebrequin, cinquante montres
Derrière Stelvio, on trouve le designer Bertrand Médas, qui réunit ici ses intérêts pour le dessin d’objets, l’automobile et l’horlogerie. Son idée : récupérer des pièces mécaniques arrivées au bout de leur première vie et en faire la matière de nouveaux garde-temps. Pour cette première série, la marque annonce 50 exemplaires numérotés.
La transformation mérite qu’on s’y attarde. Dans une publication consacrée à la fabrication, Stelvio explique avoir séparé les masselottes du vilebrequin, puis réparti cinquante palets d’ébauche dans vingt fragments d’acier forgé. Le placement doit notamment éviter les canaux de lubrification. Ces ébauches servent ensuite à usiner les carrures : l’ancienne pièce de moteur fournit directement la matière de cette partie du boîtier.
Précision utile : la montre entière n’est pas fabriquée dans le vilebrequin. C’est la carrure, la partie centrale du boîtier, qui bénéficie de ce réemploi. Le fond est réalisé dans un autre acier, le 316L. Cette distinction rend le projet plus intéressant à comprendre : on suit une transformation concrète, avec ses contraintes de matière et d’usinage.
Le tableau de bord passe au poignet
Le dessin prolonge cette filiation. Stelvio décrit un cadran grainé inspiré de l’asphalte, des index évoquant les compteurs et une typographie empruntant les codes du tableau de bord de la 930. L’aiguille rouge apporte une touche de couleur à cet ensemble automobile.
La couronne reprend, elle, l’allure d’un pignon de vilebrequin. Sur sa face supérieure, les virages du Stelvio sont gravés : un détail à découvrir de près, qui relie le nom de la marque au plaisir des routes en lacets. L’ensemble joue sur des références que les amateurs peuvent reconnaître sans avoir besoin d’un logo de constructeur au milieu du cadran.
Une vraie mécanique horlogère
À l’intérieur, un mouvement automatique suisse La Joux-Perret G100 prend le relais de la mécanique automobile. La marque annonce une finition au ruthénium, des vis bleuies et un décor Côtes de Genève. Elle indique aussi confier le travail de la carrure à des artisans du pays comtois. Le projet associe ainsi une matière automobile réemployée à un mouvement horloger contemporain.
La réserve de marche appelle toutefois une vérification avant achat : les pages du site mentionnent 64 heures, tandis qu’une communication plus récente de la marque annonce 68 heures. Nous préférons signaler cet écart plutôt que choisir arbitrairement une valeur.
Un morceau d’automobile à 2 500 euros
Le réemploi de pièces automobiles dans l’horlogerie a déjà d’autres adeptes. REC Watches, par exemple, intègre des éléments de châssis de la Porsche RWB personnelle d’Akira Nakai dans le cadran de sa 901 RWB Stella. Chez Stelvio, le choix porte sur une pièce interne du moteur pour réaliser la carrure. Deux manières différentes de donner une présence physique à l’histoire d’une voiture.
La Stelvio 930 est affichée à 2 500 euros TTC. La page de vente mêle des mentions de précommande et d’indisponibilité : mieux vaut contacter la marque pour connaître les exemplaires réellement accessibles et les délais actuels.
Ce qui nous plaît ici, c’est le trajet de l’objet. Un composant habituellement invisible devient une pièce que l’on porte et que l’on regarde chaque jour. Pour un passionné de design et d’automobile, l’histoire a du charme. Reste à découvrir la montre en main : cette présentation repose sur les informations publiées par ses créateurs, sans essai au poignet.






