Un écran de 27 pouces dans la poche de veste, pour le prix d’un moniteur de bureau. C’est en substance ce que vendent les RayNeo GT : des lunettes AR de 68 grammes qui se branchent en USB-C sur un iPhone, un Mac ou une console et affichent une image grand format devant les yeux. Reste à savoir ce qu’on gagne vraiment à porter son écran sur le nez, et ce qu’on y perd.
La marque, elle, parle de 201 pouces. Le chiffre correspond à un écran placé à 6 mètres. Avec un champ de vision de 46°, l’image occupe en réalité dans l’œil la même surface qu’un moniteur de 27 pouces posé à environ 80 cm, la distance d’un bureau ordinaire. Moins spectaculaire que le slogan, mais plus parlant : vendues 369 € sur la boutique européenne de RayNeo, les GT se mesurent directement à un bon écran de bureau.
Un écran de bureau qui se branche en USB-C
Les RayNeo GT ne contiennent ni batterie, ni processeur d’application. Ce sont des lunettes-écran : un câble USB-C les relie à un appareil qui sait sortir une image en DisplayPort Alt Mode, et elles affichent ce qu’il envoie. La liste de compatibilité publiée par RayNeo couvre les iPhone 15, 16 et 17 (sauf les 16e, 17e et Air), une bonne partie des smartphones Android haut de gamme, les iPad USB-C à partir de la 10e génération, les MacBook USB-C depuis 2015, les PC portables dont le port gère la vidéo et les consoles portables comme le Steam Deck. PS5, Xbox ou Switch passent par un adaptateur HDMI vendu à part.
Dans chaque verre, une dalle Micro-OLED de 0,6 pouce affiche du 1080p jusqu’à 120 Hz en 2D. RayNeo annonce un contraste de 200 000:1, 98 % de l’espace DCI-P3 et une densité de 49 pixels par degré. Les deux puces maison, Vision 4000 pour l’image et Zone 360 pour le suivi des mouvements de tête, sont les nouveautés de la série GT.
Ce que les lunettes font mieux qu’un moniteur
D’abord, elles se déplacent. Un écran 27 pouces reste sur le bureau. Les GT suivent leur propriétaire dans le train, l’avion ou la chambre d’hôtel, et transforment un téléphone en poste de visionnage ou un portable 13 pouces en machine à grand écran.
Ensuite, le suivi 3DoF matériel change l’usage. Trois modes sont proposés. En mode « suivi », l’image reste collée au regard. En mode « stable », elle lisse les secousses, ce qui sert dans les transports. En mode « épinglé », l’écran reste fixe dans l’espace pendant qu’on tourne la tête, comme un vrai moniteur. Tom’s Guide, qui a testé les GT, estime que c’est la seule paire de ce prix à embarquer une puce dédiée à cette fonction, habituellement réservée à des modèles plus chers.
La confidentialité de l’image est un autre argument : personne ne lit l’écran par-dessus votre épaule. Pour le son, RayNeo a monté quatre haut-parleurs réglés avec Bang & Olufsen et un mode « chuchotement ». La marque reconnaît elle-même qu’une personne assise tout près entendra une partie de l’audio.
Côté travail, le test de Tom’s Guide est encourageant : pas de flou sur les bords constaté et un texte lisible sans effort dans Google Docs. Le journaliste juge l’écran des GT probablement le meilleur parmi les lunettes de cette gamme de prix.
Les limites à connaître avant de payer
La luminosité annoncée de 1 200 nits « perçus » ne vaut pas pour tous les modes. La fiche technique de RayNeo indique 336 nits en mode épinglé, celui qui ressemble le plus à un moniteur. Les verres n’ont pas d’assombrissement électrochrome et aucun cache n’est livré dans la boîte : en pleine lumière, l’image perd vite face à l’environnement. Le pare-soleil est vendu 19 €.
L’écart interpupillaire est fixe, à 64 mm. RayNeo conseille de jouer sur les plaquettes de nez pour centrer l’image et oriente ceux qui ont besoin d’un réglage vers les GT Max, déclinées en trois tailles. Les porteurs de lunettes de vue devront commander des verres correcteurs chez Lensology, partenaire britannique de la marque.
Le HDR est un point flou. RayNeo mentionne un « HDR par IA » sur la fiche des GT, alors que Tom’s Guide classe l’absence de HDR dans les lunettes parmi les défauts et rappelle que les Air 4 Pro, moins chères, en disposent. Le Dolby Vision, mis en avant partout, ne fonctionne qu’avec le boîtier de streaming Pocket TV Pro, facturé 219 € en Europe.
Enfin, les lunettes tirent leur énergie de l’appareil connecté. La FAQ officielle prévient que le téléphone chauffe et se décharge plus vite, et propose des modes d’économie. Le port USB-C est sur la branche droite uniquement.
Le vrai prix
À 369 €, les GT seules coûtent à peu près le prix d’un moniteur 27 pouces correct. Pour tout ce que la marque promet, il faut ajouter le Pocket TV Pro et le pare-soleil, soit 607 € au tarif public européen. Tom’s Guide fait le même calcul aux États-Unis et en tire son principal reproche. RayNeo propose une remise automatique de 15 % sur les accessoires achetés avec des lunettes GT, ce qui réduit l’écart sans le supprimer.
La comparaison avec un écran classique a aussi ses limites. Un moniteur de bureau offre souvent une définition supérieure au 1080p, ne pèse pas sur le nez et ne vide pas la batterie de qui que ce soit. Les GT ne remplacent pas l’écran du bureau. Elles remplacent celui qu’on n’a pas quand on n’est pas au bureau.
À mon avis, c’est là que se trouve leur intérêt réel : pour qui passe des heures dans le TGV ou en avion avec un MacBook ou un iPhone récent, un écran de 27 pouces de 68 grammes, stabilisé et privé, vaut plus que n’importe quel moniteur portable de 15 pouces qu’il faudrait caser dans le sac. Pour un usage exclusivement domestique, l’écran classique reste plus simple.
Fiche technique résumée
- Prix : 369 € (boutique RayNeo Europe)
- Écran : 2 × Micro-OLED 0,6 pouce, 1920 × 1080, 120 Hz en 2D, 60 Hz en 3D
- Champ de vision : 46°, écran virtuel de 136, 201 ou 231 pouces annoncés
- Luminosité : 1 200 nits perçus, 336 nits en mode épinglé
- Suivi : 3DoF natif, modes suivi, stable et épinglé
- Audio : quatre haut-parleurs réglés par Bang & Olufsen, mode chuchotement
- Poids : 68 g, écart interpupillaire fixe de 64 mm
- Connexion : USB-C DisplayPort Alt Mode, HDMI via adaptateur
- Garantie : 1 an, retour gratuit sous 30 jours
